La Maison de campagne
C'est là que s'arrête la route du samedi et du dimanche, là qu'elle se termine pour les vacances. C'est là que commencent et finissent les boucles de l'enfance, saison après saison.
Il y a des murs lours contre l'orage ou le grand soleil, et là, tout près, au bour des gestes, une rivière.
Ici le monde est en pluriel, les nappes sont pleines de bavardages et d’idées. Les gamins se bousculent autour de la table en même temps que les guêpes. Bouteilles et confiture pour les demoiselles en noir et jaune, les pièges sont posés.
C’est là que s’imagine une autre terre.
Les gamins tentent d’apprivoiser l’eau. Sable, bouts de bois, pierres, les petits castors « barragent » la rivière des heures entières.
C’est là que se construit le monde.
Les cabanes de bois se font et se défont, protégeant les secrets d’enfants du regard des adultes.
C’est là que le temps s’amuse du temps, là que le soir devient un autre jour.
Les flammes crépitent dans la cheminée, sous les poutres noircies. Les odeurs du dehors et du dedans se mélangent, babets et serpolet, sapin et menthe, thym et lavande.
Et puis la fatigue dit qu’il faut dormir. La maison s’endort dans le ronronnement des pierres et le craquement des bois. Il fait un peu peur dans le cœur des gamins. Des ailes frôlent les volets, les arbres frissonnent sous les cris d’une chouette. Il fait étrange.
C’est là que vivre est un instant…
